Présences intermédiaires

Jean-Luc Bari réalise des recouvrements. Le principe est affirmé. Déposant des feuilles de plastique qu’il modèle sur les objets - des tablettes étagères - J-L. Bari génère une série de volumes, comme autant de fantaisies autour du socle dont il présente l’enveloppe. Cette série est intitulée Par-dessus. L’objet initial soustrait, J-L. Bari en réalise des formes mnésiques, les formes que nous gardons de l’expérience et de son usage, comme il en restitue une forme abstraite, gestalt, celle maintes fois aperçue dans les représentations, qui appartiennent tant à l’histoire de l’art - tel le drapé - qu’au banal et disponible dans le grand magasin planétaire. Si l’imago, moulage de cire, restituait dans l’antiquité quelque chose du défunt, on peut voir en ces draperies de plastique coloré la matérialisation de l’image de la chose déchue. L’étagère est projet et devient à la fois socle d’elle-même, elle est ostentation de l’objet absent. Ces formes sont faites de saisissements de matière industrielle travaillées sur le motif, des captures attrapées au vol, il ne reste de l’objet au final que carapaces, housses, brillance de la matière. J-L. Bari enveloppant l’objet, en reconstruit les indices, le vide qui l’emplit ou qui vient l’affleurer, invente les formes qui le modèlent. Et du modèle, qui a achevé sa descente de l’escalier voici bien des années, J-L. Bari a saisi la leçon d’ironie.

Rappelons que l’artiste entretien des affinités avec l’œuvre de François Morellet dont la rigueur formelle aime parfois à risquer son triomphe ou son anéantissement, dans le clin d’œil. Ici se sont les drapés, chers à Gatian Gaëtan de Clérambault, dont le développé est arrêté mais comme dans un jeu d’enfant, dans un suspens hors gravité.
Du drapé comme d’un masque, un masque posé sur l’évanouissement de la chose. Cette doublure recouvrante opère comme écran, révélant tout à la fois la forme et sa parodie, dans le jeu des contiguïtés et des distances dans le perpetuum mobile des métamorphoses. Pour la suite des Quincailleries, autre ensemble travaillé actuellement par J-L. Bari, un jeu tout aussi inattendu relie détournement et rigueur minimale. C’est par exemple un plâtre initialement moulé sur un morceau de roche, puis retravaillé, pour devenir un volume en tension aux arrêtes fluides, dont l’aspect final fait penser à un Matterhorn miniature, auquel J L Bari fixe deux bretelles de portage prélevées sur un sac à dos au rayon marchandises. Une sculpture à dos. A dos d’homme. C’est une enveloppe mobile en souvenir de la pesanteur. Un déguisement de la sculpture. Un camouflage. Processus à l’œuvre dans les biotopes qui allie dans ses chatoiements, neutralité par rapport à un fond et monstration de signes singuliers. Les Pièces-valises, les boites, autre série en chantier empruntent cette fonction du leurre protectrice et révélatrice à la fois, dans le conditionnement des objets qu’elles recèlent.

Michel Collet

Exposition Jean-Luc Bari

"OBJECTUM" 2007

Pavé Dans La Mare, Besançon

Texte de Michel COLLET

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