L’objet, l’espace, la forme
 
L’oeuvre de Jean-Luc Bari se place à l’intersection de plusieurs champs. Elle renvoie tant à la sculpture, à l’architecture qu’au design. Ces entrecroisements nourrissent les dynamiques plurielles à l’oeuvre dans ses sculptures; en effet, ses «constructions» campent entre la maquette, le monument, la forme et l’objet.
La logique constructive et dynamique de ses Pyramides de 1995 altérait déjà l’identité de l’objet de référence tout en gardant l’écho. La forme escalier qui servait de point de départ suscitait des constructions où les tensions entre l’horizontalité, la verticalité et la «spiralité», exacerbée par le contraste chromatique du noir et du blanc évoquaient sur un monde mineur les utopies formelles du constructivisme et des contre-reliefs de Tatline.
Il y avait déjà là une ambivalence entre la forme et l’objet. Elle s’affirmera avec le temps.
Dans ses oeuvres récentes, la présence de l’objet se manifeste encore plus fortement et l’ambiguïté entre structure et espace, objet et volume, est un des paramètres récurrent du travail.
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Ainsi voit-on s’y conjuguer des éléments relevant à la fois du quotidien et du sculptural. Il s’y produit un amalgame entre l’intimité de l’objet et le monumental de la statuaire.
S’ouvrent ainsi des polarités antagoniques qui irriguent ses sculptures. Elles relèvent à la fois d’une problématique de réduction des formes et d’appropriation de l’objet.
Ses sculptures conjuguent en elles l’emphatique et le modeste, le sublime et l’ordinaire. S’y confondent une logique de l’objet et une logique de la forme.
Au jeu des associations incongrues dont l’art a le secret, on pourrait dire qu’elles célèbrent le mariage entre Robert Morris et Richard Artschwager ou la rencontre entre Toni Smith et Marcel Duchamp.
 
Jean-Luc Bari est à l’affût des volumes et formes que recèlent les objets. Cette attention va de pair avec une ironie à leur égards. Elle traduit le désenchantement qu’entraîne la lucidité à l’égard des utopies investissant le monde, les choses et les formes.
 
 
Philippe Cyroulnik

Expositions Jean-Luc Bari
 
Rhinocéros, Strasbourg, Mai 1999
Ecole d’Art G. Jacot, Belfort, Février 2000
 
Catalogue co-édité par
Rhinocéros, Strasbourg
Fort Beauregard, Besançon
Ecole d’Art G. Jacot, Belfort
Le 19, CRAC, Montbéliard
 
Texte de Philippe CYROULNIK